Des mamans solo témoignent

Comment “survivre” quand on se retrouve seule avec les enfants ? Des mamans solos témoignent.

Elles ont chacune leur histoire, mais ont traversé la même épreuve : reconstruire, pour leur(s) enfant(s), une vie la plus heureuse possible une fois qu’elles se sont retrouvées seules pour les élever. Elles racontent ces premiers temps difficiles, quand il leur a fallu relever la tête, organiser un quotidien devenu compliqué, lutter contre les préjugés et leur culpabilité. “Oui, on peut s’en sortir !”, disent-elles, et ce message est un formidable clin d’œil adressé aux mamans qui se retrouvent seules à leur tour. Au-delà, il traduit le désir fort que notre société ne les considère plus comme des cas particuliers, “atypiques”, mais comme des familles à part entière.

Etre maman solo est rarement un choix

“Je me suis retrouvée seule à 4 mois de grossesse. Le bébé était désiré mais cela se passait très mal avec mon compagnon. Assumer seule cette grossesse a donc été plutôt une libération et un soulagement, même si la douleur était là. Quand on élève seule un enfant, il ne faut pas trop se poser de questions et aller de l’avant, essayer de tirer tous les côtés positifs de la situation. Bien sûr, ce n’est pas toujours facile, on manque de relais, les fins de mois sont difficiles, il faut affronter le jugement des autres qui vous reprochent d’être la mère “castratrice” d’un enfant “roi”… On oublie totalement que les mères seules le sont rarement par choix ! La culpabilité, on l’a tout le temps, mais je pense qu’elle accompagne la maternité en général : on vit dans une société où les femmes n’ont pas le droit d’être imparfaites. Beaucoup de mères culpabilisent à cause de cela, et plus encore les mères seules. Pour surmonter cette culpabilité, il faut se dire que les mères parfaites n’existent pas, que l’on peut former une famille a part entière et que l’autorité n’est pas réservée aux pères ! Quant aux enfants, il ne faut pas leur cacher la vérité, sans pour autant parler du papa en termes négatifs. Ma fille ne voit plus son père biologique, mais elle a un papa “de cœur”, l’homme qui a partagé notre vie quelques temps et qu’elle revoit souvent.

Pour s’en sortir au quotidien, la clé est une très bonne organisation : s’entourer de ceux sur lesquels on peut compter en cas de coup dur, ne rien laisser traîner (vaisselle, lessives… c’est tout bête mais cela permet de ne pas se sentir noyée), mettre de bonne heure les enfants à contribution, se lever plus tôt le matin et se préparer de façon à ne plus avoir qu’à s’occuper des enfants ensuite…“

Karine, une fille de 5 ans

Baisser les bras ou foncer ?

“Mon ex-mari n’a pas supporté de me voir transformer en mère avec trois enfants en bas âge dont des jumeaux (une vraie révolution !). Alors, il est parti. Cela a été très dur au départ : nous nous étions rencontrés jeunes et, pour moi, le mariage c’était à vie ! En outre, j’avais arrêté de travailler 5 ans pour élever mes enfants. Il m’a donc fallu à la fois surmonter mon chagrin, faire une formation pour retrouver du travail, et tout reconstruire. J’avais le choix : ou baisser les bras, ou foncer. J’ai foncé en me disant qu’il n’était pas question que mes enfants paient les pots cassés. Et j’ai eu tellement de choses à mettre en place que cela ne m’a laissé pas laissé le temps de m’apitoyer sur mon sort ! J’ai eu peur de ne pas y parvenir mais, finalement, on se sort de tout. Le nerf de la guerre : une organisation en béton, tout prévoir, anticiper, même l’imprévisible. Notre quotidien est chronométré à la minute près. Evidemment, dès qu’il y a un grain de sable, comme un enfant malade, c’est la panique ! J’utilise alors le système D : j’appelle une copine disponible, je sollicite une voisine, je prends une journée en dernier recours car j’essaie de protéger ma carrière : mon salaire est indispensable !

Même jeunes, mes enfants se responsabilisent beaucoup. Ils ont compris implicitement que ce n’était pas facile pour moi. Ils sont très cools, m’aident comme ils le peuvent, se débrouillent seuls pour s’habiller, se préparer… Cela a été dur pour eux de voir leur père partir. J’ai beaucoup pris sur moi pour éviter les conflits et du coup, cela ne se passe pas trop mal avec lui. C’est un atout majeur pour l’équilibre des enfants, et j’ai été aidée par une psychothérapeute pour cela. Je fais également attention de ne pas froisser les susceptibilités autour de moi : les gens aiment se sentir utiles et auraient tendance à me reprocher mon côté “superwoman”. Même si ma vie est dure physiquement et socialement, maintenant, j’en suis heureuse.“

Valérie, une fille de 7 ans, des jumeaux de 5 ans.

Le soutien des proches est indispensable

“Je vis seule avec mes enfants depuis un an et demi, après 12 ans de mariage. Même si c’est moi qui ait demandé le divorce, cela a été dur et j’ai connu la dépression. Il a fallu que je m’adapte très vite à cette nouvelle vie, tout réorganiser, avec l’angoisse de ne pas “assurer” sur le plan financier. J’ai heureusement été bien entourée, à la fois par mes amis, ma famille et mes collègues de travail. Cette aide est indispensable. Il ne faut surtout pas hésiter à la solliciter, à parler de ses difficultés avec les autres, même si l’on n’en a pas très envie. J’ai aussi la chance que cela se passe bien avec mon ex, qui a la garde alternée de nos enfants et m’a toujours aidée quand j’en avais besoin.

Quant à nos enfants, au début ils ne parlaient jamais de la situation, dont ils souffraient bien sûr. Puis ils ont commencé à se confier aux enfants de mes amis, puis à ceux-ci, avant de parvenir progressivement à me parler. On en a ensuite beaucoup discuté ensemble, et j’ai passé un contrat avec eux : quand ils ont un souci, ils ne doivent pas hésiter à m’en parler. J’organise notre quotidien de telle façon qu’on l’on puisse avoir le temps de dîner ensemble, même si la fatigue est là, car c’est un moment privilégié pour se parler. Au départ, j’ai beaucoup culpabilisé de leur imposer cette situation. Mais, finalement, elle vaut mieux que des disputes continuelles. Et elle ne nous a pas empêchés de reconstruire une famille heureuse.“

Virginie, deux enfants de 8 ans et demi et 11 ans

Prendre les décisions seule

“Je suis veuve depuis 10 ans. Mes enfants étaient encore tout petits quand leur père est mort. Ce sont eux qui m’ont en quelque sorte poussée pour avancer, malgré la douleur, malgré les difficultés… A l’époque, je travaillais la nuit et c’était mon mari qui s’occupait de nos enfants à son retour du travail. Après sa disparition, j’ai eu tellement de mal à trouver quelqu’un pour les garder que j’ai passé un concours pour devenir enseignante.

Ce qui m’a le plus pesé au quotidien, c’est de devoir jouer à la fois le rôle de la mère et celui du père, et de prendre les décisions seule. Au début, je doutais tout le temps mais peu à peu, j’ai pris de l’assurance. Je crois qu’il ne faut pas trop s’appesantir sur le passé, essayer de n’en conserver que les bons souvenirs. J’ai également appris à relativiser les choses pour les classer selon leur ordre d’importance : urgent, prioritaire ou courant. Et quand j’ai des doutes au sujet de mes enfants, je vais en discuter avec leurs professeurs ou les médecins.

Je m’efforce également de préserver des moments à moi. L’été, par exemple, mes parents emmènent les enfants en vacances et je m’offre quelques jours toute seule, histoire de recharger mes batteries.“

Martine, deux enfants de 12 et 14 ans

Non, mon fils n’est pas un cas social !

“Le plus pénible a été de me battre contre la justice quand mon ex-compagnon est réapparu pour réclamer ses droits. Il m’avait quittée alors que j’étais enceinte. Il n’a pas eu à se justifier alors que j’ai du prouver que j’étais capable d’élever seule mon fils. Ce que je faisais déjà depuis deux ans… Ce n’est pas que je refusais ce lien entre mon fils et son père, mais je voulais que cela se passe bien, c’est à dire de façon progressive. L’inégalité de traitement devant la loi des pères et des mères me révolte. Une avocate m’a dit : “le mot d’ordre est en général de favoriser l’intégration des pères, quoiqu’ils aient pu faire.”. Une mère a deux ans pour entamer les démarches de reconnaissance en paternité, un père… 30 !

Au quotidien, pas facile d’être à la fois maman-câlin et maman qui dit non. Il faut arriver à ne pas se laisser bouffer par la culpabilité, y compris celle que renvoie les autres. J’ai été confrontée à une institutrice de maternelle qui avait décrété que mon fils était un cas social. Et aux remarques d’autres parents… A tous, je réponds : “Rassurez-vous, mon fils va bien, et il a un père comme tout le monde !”. On a tendance à voir un enfant élevé par sa mère seule comme un enfant à problèmes. Il faut apprendre à se moquer des préjugés.

Mon fils connaît son histoire, je lui ai expliqué “ton papa n’a pas assumé la grossesse et on ne s’entendait pas bien, c’est pour cela que l’on s’est séparés. Ce sont des problèmes d’adultes. Toi, il t’aime, il s’occupe très bien de toi et tu as le droit de l’aimer.”.

Véronique, un fils de 5 ans

Reconnaître que l’on forme une famille

“Il y a plein d’idées préconçues sur les mamans solo parce que nous sommes dans une “case” atypique de la société. L’une d’entre elles est de croire que les mamans solo ont la haine des hommes. C’est vrai un temps pour certaines mères qui se retrouvent seules tôt (quand la séparation a lieu durant la grossesse ou après la naissance de l’enfant, la plupart du temps c’est l’homme qui part). Mais je suis persuadée que cette phase de rage est nécessaire pour faire le deuil de la relation, et même salutaire pour se rendre compte par la suite que tous les hommes ne sont pas ainsi et s’ouvrir à la possibilité d’une nouvelle rencontre.

Le père de ma fille est parti quand celle-ci avait 6 mois. Nous vivions ensemble depuis un an, il connaissait mon désir de maternité et était partant. Mais je crois qu’il n’avait pas réalisé ce que cela signifiait. Je me suis retrouvée dans une solitude très grande. J’ai mis trois ans et demi pour m’accepter comme mono-parent, reconnaître que ma fille et moi formions une famille, ne plus en avoir honte, ne plus me dire que nous étions un cas social. Ce qui m’a aidée c’est de m’investir dans mon travail tout en trouvant de l’écoute chez d’autres mamans solo, via les forums. D’ailleurs, aujourd’hui, j’ai trouvé parmi elles mes meilleures amies et nous nous entraidons pour garder les enfants quand l’une ou l’autre en a besoin. Au fil du temps, on prend de l’assurance et on se recrée un environnement, avec des mamans de l’école également. Foncer oui, parce qu’on n’a pas le choix et que de rester axée sur son malheur empêche de rebondir. Je crois qu’il est important de se fixer des objectifs mais de rester aussi un minimum indulgente avec soi en se laissant du temps pour repartir, sans hésiter à chercher de l’aide auprès d’un psychologue en cas de besoin.“

Gwenaëlle, une fille de 6 ans et demi

J’ai gagné en assurance

“Mon ex-mari est parti pour une autre femme quand ma fille avait 5 ans. J’étais très amoureuse de lui et je me suis effondrée. Outre le chagrin, je me suis retrouvée matériellement avec trois fois rien puisque j’avais arrêté de travailler pour m’occuper de notre fille. J’ai suivi une formation, trouvé un petit job, grâce au soutien moral et matériel de mes amies, qui s’occupaient aussi de ma fille. Les premières années ont été dures sur tous les plans, y compris la relation avec mon ex qui me faisait du chantage à la pension alimentaire au moindre désaccord. Mais elles ont quand même eu un point positif : moi j’avais toujours vécue dans l’ombre d’un père, puis d’un mari à forte personnalité, je me suis peu à peu découverte, y compris dans le bricolage… J’y ai gagné en assurance. Il y a 3 ans, j’ai rencontré un autre homme. Je ne l’ai pas caché à ma fille, sans l’imposer. J’ai fait confiance au temps et je crois qu’aujourd’hui nous sommes prêtes à partager notre quotidien.“