Au secours, il ne veut rien manger !
Qu’il refuse de manger ou chipote ses haricots verts, et nous voilà toutes crispées, inquiètes, prêtes à en découdre avec le monde entier pour qu’il en avale seulement une bouchée ! Cris, menaces ou persuasion n’y changent rien.
Pourquoi trouvons-nous à ce point insupportable qu’il mange mal ? “Parce que donner à manger, c’est donner de l’amour ; et que ce refus de l’enfant porte atteinte à l’image de la bonne mère nourricière à laquelle nous sommes toutes sensibles“, répond la psychologue Anne Bacus. Entre 2 et 6 ans, l’enfant est particulièrement difficile à table, c’est vrai, parce que les repas cristallisent un certain nombre d’enjeux affectifs propres à cet âge, et aussi - ce dont on parle moins - parce que ses goûts sont bien différents des nôtres, ce que démontre Nathalie Rigal, psychologue et chercheuse, spécialiste du goût chez l’enfant.
Au secours, il ne veut rien manger !
On dirait deux mêmes pôles d’aimants se repoussant mutuellement : plus on approche la cuillère de sa bouche, plus le tout-petit détourne la tête… Après tout, il n’a pas forcément faim à tous les repas ! Passé 18 mois d’ailleurs, sa croissance se ralentit un peu et son appétit également. Mais si le même scénario se reproduit jour après jour, son comportement à table est sûrement à mettre en relation avec d’autres refus quotidiens : “non, pas mon manteau !“ ; “Non, pas le bain !“. Le voilà en pleine crise d’opposition, dite également “d’affirmation de soi“, par les spécialistes. Classique entre 2 et 5 ans… Et si les repas sont l’un de ses terrains d’affrontement privilégiés, c’est parce que ce petit malin a fort bien compris qu’il touche là un point sensible. Non seulement il nous mobilise autour de son assiette, mais en plus il parvient à nous tenir tête. Quelle victoire ! C’est bien nous qu’il cherche ainsi à “manipuler“, car à la crèche, chez la nounou ou à la cantine de la maternelle, on assure qu’il mange sans problème. Avec mamie, il ne fait pas tant d’histoires également ! Les enjeux affectifs ne sont pas les mêmes…
Qu’est-ce qu’on fait ?
• on dédramatise : un enfant ne se laisse pas mourir de faim. D’ailleurs, comme le note Anne Bacus, “quand on dit que son enfant ne mange rien, c’est qu’il a refusé de manger les plats qu’on avait préparés pour lui. Mais à côté, il a bu 2 ou 3 bibs de lait, croqué quelques lamelles de pomme, un morceau de pain, dégusté une compote… En réalité, il n’a pas “rien“ mangé !“.
• on adopte la stratégie du “no comment“ : il n’en veut pas ? D’accord, on débarrasse son assiette sans rien dire et on passe au plat suivant. Moins on manifeste d’inquiétude, plus vite il cessera de jouer avec nos nerfs… (d’ailleurs, après quelques jours passés à “picorer“, la faim finira par reprendre le dessus!). “On ne devrait même pas le féciliter quand il mange bien : après tout c’est normal, et il ne doit pas se nourrir pour nous faire plaisir !“, remarque Anne Bacus.
• on l’encourage à se débrouiller seul avec sa cuillère, à se servir lui-même à mesure qu’il grandit… un petit “truc“ : disposer sur la table plusieurs plats remplis de petites portions de crudités, de fruits et autres dans lequel il pourra puiser. Avec les doigts, c’est encore meilleur…
• on en parle quand même au pédiatre afin qu’il surveille sa courbe de poids mais, dans la plupart des cas, celle-ci ne varie pas et l’enfant est en pleine forme ! Preuve qu’il parvient assez facilement à se "rattraper" à droite et à gauche.
Des frites oui, des haricots verts, non !
Somnolence, perte brutale d’appétit, nausées, tels sont les symptômes d’une inquiétante épidémie qui frappe les enfants à l’instant même où un plat de légumes arrive sur la table. A noter que ces symptômes disparaissent au moment du dessert, et que les classiques nouilles-frites-purée suscitent en revanche un indéfectible enthousiasme…
Certes, il y a un brin d’opposition dans l’explication de ce phénomène. Mais pas seulement ! Ce que nous avons tendance à qualifier de “caprice“ ou de “comédie“ porte un nom tout à fait scientifique : la “néophobie alimentaire“. Autrement dit, une méfiance touchant à l’aversion pour tout aliment nouveau, qui touche environ 3 enfants sur 4 de l’âge de 2 ans à, au mieux, 7-8 ans, au pire… toute la vie ! “Les petits sont naturellement portés vers les aliments énergétiques à la flaveur peur marquée et qu’ils connaissent bien. Ils aiment le nourrissant (pain, purée, pâtes…), le gras (les frites…) et le sucré“, explique Nathalie Rigal. Et détestent ce qu’ils ont du mal à identifier (la ratatouille: le summum de l’horreur !).
Pour compliquer encore un petit peu les choses, l’enfant a également très tôt ses idées très personnelles sur ce qui est bon ou pas. Pas facile à accepter quand on a passé du temps à cuisiner ! “Le goût est en partie inné, explique Nathalie Rigal. Par exemple, nous ne percevons pas tous avec la même intensité la molécule PROP, désagréable en bouche, particulièrement présente dans les choux. Quand on y est très sensible, on rejette ces légumes.“. Un rejet qui peut se manifester par d’impressionnants hauts de cœur. Non, non, ce n’est pas de la comédie !
Qu'est-ce qu'on fait ?
• On ne baisse pas les bras et l’on continue à lui présenter les mêmes plats à quelque temps d’intervalle en l’encourageant à y goûter au moins une fois avant de dire non. C’est grâce à ce processus de familiarisation, ajouté à l’envie de faire comme nous, que le tout petit parviendra progressivement à dépasser ses aversions.
• on cultive sa curiosité en l’emmenant au marché tâter les courgettes, les melons, les poires…
• on l’invite dès 2 ans à nous donner un petit coup de main en cuisine et on lui apprend des recettes faciles, ou des décos rigolotes : il aura davantage envie de goûter ce qu’il aura lui-même préparé !
• on parle avec lui des sensations de plaisir ou déplaisir apportées par les aliments : “ça fond, ça croque, c’est salé, sucré, amer…“. Et l’on oublie l’éducation nutritionnelle du type : “Mange, c’est riche en vitamines A, B6 et en potassium“. Cela n’a pas de sens pour lui.
Actualités
Le corps n’est pas seulement une machinerie complexe grâce à laquelle nous bougeons, respirons, pensons…
Il sait aussi se faire langage dans nos relations aux autres. Il exprime alors nos émotions, reflète nos pensées.
Interview d’Anne Gatecel, psychologue clinicienne et psychomotricienne.
2 règles en or
• à nous de fixer les règles :
Horaires des repas, composition des menus, limitation ou interdiction des grignotages entre les repas…
Mais pour le reste, à lui d'évaluer son appétit !
• tout vient à point pour qui sait attendre, y compris sur la question des bonnes manières :
Manger avec les doigts, patouiller, participe au plaisir de manger pour notre tout-petit.
Et, comme il ne peut tout faire à la fois, apprendre à diversifier ses goûts ET bien se tenir à table, on patiente…
Ce qui ne nous empêche pas de lui rappeler gentiment qu'on aimerait le voir de temps en temps se servir de sa cuillère et dire "s'il te plaît" et "merci".
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