Les enfants précoces font-ils encore l’objet de malentendus ?
Oui, parce qu’on ignore trop souvent les problèmes, bien réels, que peut leur poser leur avance intellectuelle.
Antoine, 8 ans, n’écoute rien en classe. Il rêve ou bien s’agite, déteste écrire et a du mal à se faire des amis… D’ailleurs, il ne veut plus aller à l’école. Sa maîtresse invoque un manque de maturité. Les parents d’Antoine sont surpris : à la maison, leur petit garçon leur semble éveillé, curieux, si désireux d’apprendre !
Et s’il était précoce ? Comme d’autres parents, cette interrogation les a décidés à faire passer à Antoine des tests d’intelligence. Non dans l’espoir d’entendre que leur enfant a un QI (quotient intellectuel) exceptionnel, mais pour comprendre "ce qui ne va pas".
Tous les enfants intellectuellement précoces ne sont pas malheureux, pire, "handicapés" comme on l’entend parfois. Certains – et ils échappent aux statistiques car ils ne font pas parler d’eux – sont bien dans leur peau, mènent une scolarité satisfaisante sinon brillante, une vie sociale et des relations familiales sereines. Mais, comme le dit Olivier Revol, pédopsychiatre (auteur de "Même pas grave ! L’échec scolaire ça se soigne", éd. J.C. Lattès), "Si beaucoup vont bien, d’autres sont déprimés, irritables, mis à l’écart des copains et, paradoxe, ils échouent à l’école." Comme Antoine, ils ont besoin avant tout d’une meilleure compréhension de ce qui fonde leur spécificité intellectuelle et affective.
Un fonctionnement cérébral différent
Dès qu’il commence à parler (souvent tôt et bien), la curiosité de l’enfant précoce l’entraîne à multiplier les questions et à se passionner de bonne heure pour de nombreux sujets, avec une prédilection pour les thèmes relatifs à la vie, la mort, l’univers… Doté d’une excellente mémoire, il apprend vite, raisonne à toute allure, ce qui peut le conduire sur les chemins de la lecture (parfois seul) et du calcul avant le CP. Les spécialistes mettent également en avant son humour, son horreur de l’injustice et de la routine, voire de l’autorité sous toutes ses formes. On le dit également imaginatif, facilement critique, mais aussi hypersensible et émotif. Enfin, il s’ennuie à l’école et peine à se faire des amis.
Ce portrait reste à nuancer pour échapper aux stéréotypes : il n’y a pas un profil unique d’enfant précoce. Tous n’ont pas parlé tôt, tous ne sont pas des fondus du système solaire ; certains ont appris à lire au CP, et il leur arrive même d’aimer l’école et d’y avoir des copains. Néanmoins, la conjonction de plusieurs de ces caractéristiques peut mettre la puce à l’oreille…
Ce qui signe avant tout la précocité, c’est la fulgurance de la pensée : "Ces enfants ont la faculté d’établir rapidement des liens entre diverses informations, d’en associer des éléments, et de faire des raisonnements analogiques poussés", affirme Olivier Revol.
Ce fonctionnement cérébral différent reste assez mystérieux, voire indéfinissable. En témoigne cet embarras sémantique : doit-on dire précoce, surdoué, enfant à haut potentiel ? La nature ayant horreur du vide, c’est dans ce flou que s’engouffrent les clichés, confondant à tort avance intellectuelle avec génie, premier de la classe ou… singe savant !
On en oublierait que les surdoués sont des enfants. Avec les multiples facettes de leur personnalité, leur environnement familial et social, leurs rythmes, leurs besoins, leurs envies. "Ils ne sont pas tout à fait des enfants comme les autres, mais comme les autres ce sont des enfants", dit Olivier Revol.
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À lire :
• "L’enfant doué", Arielle Adda et Hélène Catroux (Odile Jacob)
• "L’enfant surdoué", Jeanne Siaud-Facchin (Odile Jacob)
• "Les enfants surdoués", Jean-Charles Terrassier (ESF)
Les associations :
• ANPEIP tel : 04 93 88 40 16 www.anpeip.org
• AFEP tel : 01 34 80 03 90 www.afep.assoc.fr
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