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Isabelle Bauer

Que vivent nos enfants à la maternelle ?

Little girl playing with colors © Wojciech GajdaUn vieux rêve de parent : me glisser dans une classe de petite section de maternelle et regarder, écouter ce qu'y vivent les enfants, les uns avec les autres.

Du printemps à l'été, je me suis ainsi fondue dans le décor, m'attachant particulièrement à trois enfants au vécu différent : Sébastien, heureux comme un poisson dans l'eau, Nicolas et Léa, pas tout à fait à l'aise encore, mais plein de ressources !

Instants de vie, piqués çà et là au fil des jours...

Sébastien déboule dans la classe, puis fait marche arrière. Il a oublié sa "plaque" : un rectangle de carton illustré de sa photo et de son prénom. Chaque matin, Sébastien l'accroche à l'endroit, à sa place, et la retourne quand il s'en va. Une marque de présence fort pratique pour apprendre à reconnaître son prénom écrit.
Petit mais solide, les cheveux courts, bruns, les yeux rieurs sous des paupières encore gonflées de sommeil, Sébastien respire l'énergie. D'un coup d'œil, il fait le tour du propriétaire. La classe est en ordre. Les jouets attendent dans leurs boîtes, les livres sur leurs étagères, le coin dînette est silencieux. Chaque espace est organisé autour de trois tables collectives cerclées de petites chaises. De larges fenêtres laissent entrer le soleil. Ses rayons illuminent les dessins d'enfants scotchés aux murs et au tableau.

C'est l'heure du "regroupement", prélude à la journée. Assis sur les bancs disposés en U face au tableau, garçons et filles se poussent des fesses. Sébastien hésite : à côté de qui s'asseoir ? Il n'a pas vraiment de copain attitré et esquisse un pas vers Anissa. Le regard courroucé de Théo, l'amoureux de celle-ci, l'en dissuade. Finalement, il s'installe près de Lucas, un blondinet au visage doux et rêveur. Les deux garçons s'amusent à se tirer la langue. Puis Lucas exhibe ses baskets à l'effigie de son super héros, Spider Man, dont il est la réincarnation (taille 4 ans).
Les bancs se remplissent. Nicolas s'accroche à sa maman : "Encore un bisou !". Mais quand il s'installe à son tour, il sourit. Un sourire en dents de lait, des yeux verts, une forêt d'épis châtains : quel charme ! A la porte de la classe, impassible, Léa résiste à l'injonction de ses parents : "Dis bonjour à la maîtresse". "Ne la forcez pas", tempère celle-ci.

Qui sont ces autres ?

Monique a une patience d'ange et de l'énergie. Il en faut pour mener une barque chargée de 23 diablotins. Ils parlent tous à la fois, chahutent, lui tapotent le bras : "maîtreeesseu". Tous l'adorent. S'ils ne se la disputent plus comme aux premiers temps ("C'est ma maîtresse !". "Non, c'est ma mienne !"), chacun s'efforce de s'en faire bien voir. N'est-elle pas le pilier de leur classe ? N'incarne-t-elle pas l'autorité ?

De ses origines espagnoles, Monique a le teint mat et les cheveux noirs. Elle est vive, enjouée. Sa voix claire porte ses élèves. Une main ferme qui sait se faire câline.
Elle invite au silence : "On lève les bras, on les descend, on se caresse les joues". La comptine peut commencer. Sébastien et Nicolas aiment chanter. Nicolas se dandine tout en mimant la chanson : "Voici ma main, elle est douce, douce..." Léa accomplit chaque geste bouche cousue. Monique l'encourage à chanter, en vain.

Le visage rond et grave sous une frange de cheveux noirs, Léa est une fine observatrice. Elle est la seule, alors que je suis installée dans un coin de la classe, à chercher dans mes yeux une justification à ma présence. Ses camarades m'ont adoptée sans poser de questions. Ne suis-je pas une adulte parmi d'autres dans cet univers encore neuf ? Certains m'appelleront "maîtresse", d'autres me tendront leur chaussure à relacer. Ils me parleront de leur maison (parents inclus) qu'ils emmènent en pensée chaque jour avec eux. Parfois, une petite main se glissera dans la mienne.

Ses doigts potelés à présent posés sur ses cuisses, Léa étudie ses camarades, se penchant au besoin pour mieux voir. Pour elle, la plongée dans la collectivité, son brouhaha, son agitation déroutante, fut rude. Léa déteste être bousculée. Elle veut qu'on lui fiche la paix. Plus à l'aise après quelques mois d'école, elle ne cesse cependant de trouver ses camarades étranges et fascinants : il y a des bruns, des blonds, des calmes, des bagarreurs... Certains ont la peau blanche, d'autres noire... Un jour peut-être, à force de les observer, elle aura envie d'aller vers eux. Pour l'instant, elle reste en retrait derrière un mur invisible qu'elle franchit parfois d'un pas de danse vite réfréné. Car Léa n'est pas malheureuse en classe. Tout l'intéresse : le travail, les découvertes, les discussions, les histoires, les sorties... Elle est appliquée et doit trouver une certaine satisfaction à réussir ce qu'elle fait. Y compris la motricité.

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  • Commentaires
    mercredi 07/10/2009
    Par : Charlotte

    Bonjour,
    Mon fils vient de faire son entrée en Petite Section. Merci pour cet article qui m'a donné un bon aperçu de ce qui se passe en classe. C'est vrai que j'aimerais être une petite souris !
    Bonne continuation.

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