Abonnez vous aux newsletter i-famille
Isabelle Bauer

Les ados prisonniers de leur culture ? (suite)

Les ados ne trouvent-ils pas une sorte de “refuge” dans la communication à distance ?

Oui, il leur est effectivement plus facile d'exprimer leurs émotions, leurs sentiments, de dire ce qu'ils sont à distance, via le portable, par mails, ou sur les forums et les “chats”. Cela leur sert de “soupape” et tant mieux. Les filles, plus habiles à s'exprimer, s'en tirent d'ailleurs mieux que les garçons sur ce plan. Mais c'est quand même une solution qui a ses limites et pose problème : ces communications à distance ne facilitent pas les échanges face à face, particulièrement entre les filles et les garçons. Les élèves d'une même classe se mettent sur une liste MSN et s'y retrouvent le soir pour discuter ensemble alors qu'ils se sont vus toute la journée à l'école ! C'est un élément social important parce que, loin du regard des autres et de la tyrannie des apparences, les ados peuvent enfin se “lâcher”.  Mais il est bien inquiétant qu'ils ne puissent le faire les uns en face des autres !

A noter que le “chat” qui fait peur aux parents en raison des éventuelles mauvaises rencontres qu'on peut y faire, aboutit en réalité rarement à une vraie rencontre. Il s'agit plutôt d'un jeu, que les lycéens abandonnent en général rapidement.

Vous montrez que cette culture jeune crée des clivages importants

On va en effet vers des clivages sociaux et culturels croissants. Entre d'un côté les classes favorisées, les “élites” (qui seront aussi celles de demain !), et de l'autre, les classes moyennes et populaires. Le fossé culturel s'est creusé.

Tout aussi inquiétant, on assiste également à un durcissement du clivage entre les sexes : la culture populaire, dont sont issues les pratiques des jeunes, est véhiculée et imposée par les garçons, qui s'organisent en bandes plus importantes et donc plus fortes que les groupes de filles. Ces bandes de garçons méprisent et rejettent les valeurs féminines (expression des sentiments, des émotions), alors que l'on vit paradoxalement dans une situation de mixité depuis de nombreuses années. Les filles ont intégré l'idée que ce qu'elles aiment déplaît aux garçons, donc elles ne l'affichent pas.

En général, les groupes de filles et les groupes de garçons se tiennent à l'écart les uns des autres et n'échangent que sur le mode de la “vanne”. On peut l'expliquer par le fait que, globalement, les filles réussissent mieux leur scolarité. Cette réussite pourrait être mal vécue par les garçons, surtout ceux venant d'un milieu populaire. En réaction, ils imposent leurs valeurs de virilité mal placée.

C'est un vrai problème auquel échappe, là encore, les filles des établissements d'excellence, hyper sélectifs, où les valeurs féminines s'imposent davantage. On voit par conséquent que c'est avant tout un problème lié au contexte social.

Comment expliquer ces changements ?

Il y a conjonction de plusieurs facteurs :

d'une part la “massification scolaire”  qui a créé de nouvelles formes de ségrégations par le choix des filières. Les élèves, du fait de l'allongement des études, passent en outre plus de temps ensemble qu'auparavant.

D'autre part, l'évolution des relations parents-enfants. En effet, elle n'est plus fondée sur l'exercice de l'autorité, mais le “contrat”. Ce que les jeunes ont gagné en liberté et en autonomie au sein de leur famille, ils l'ont perdu au lycée où ils se sont créé d'autres “directives”.

Enfin, il faut dire que certaines familles n'ont jamais vraiment joué le jeu de la démocratie scolaire. Elle n'existe pas dans les faits. De ce fait, on assiste à une tendance accrue des parents à choisir, quand ils le peuvent, des établissements privilégiés pour leurs enfants, en déjouant la carte scolaire. Ce qui aggrave encore les problèmes des jeunes pris dans un système scolaire difficile, où les normes par rapport à la réussite scolaire sont négatives : comme le dit François Dubet, “plus on est “grand” scolairement, plus on est “petit” aux yeux des autres, parce que cela signifie que l'on se plie aux exigences des adultes”.

Quel rôle peuvent jouer les parents ?

Ils sont bien impuissants...

Dans l'ensemble, les parents ignorent ce que vivent socialement leurs enfants. Cela leur échappe du fait que leurs enfants communiquent entre eux via le portable et Internet. Finalement, le seul contrôle qui leur reste, c'est sur la durée et le coût de ces communications, sur le mode parfois du conflit quotidien !

Ceci dit, je pense qu'ils ont quand même un rôle à jouer, notamment en relâchant la pression, si besoin est, autour de l'idée que les enfants doivent avoir beaucoup d'activités et beaucoup d'amis. Ce n'est pas grave ni absurde de s'ennuyer, ni d'avoir peu de relations amicales ! Certes, à cet âge, les amis sont importants, mais il serait bien de cesser de stigmatiser les solitaires. Et puis, ils peuvent également encourager leurs enfants à avoir davantage de comportements, de centres d'intérêts personnels, pour contrebalancer la norme du lycée.

Mais les problèmes liés à cette tyrannie de la culture jeune dépassent le cadre familial. C'est toute la société qui est concernée.

À lire :

• "Cultures lycéennes, la tyrannie de la majorité", Dominique Pasquier (Autrement)

Fédérez nos articles dans vos réseaux sociaux :
del.icio.us digg stumbleupon buzzup BlinkList mixx myspace linkedin facebook reddit.com ma.gnolia.com newsvine.com furl.net google yahoo technorati.com
[haut de page]

 

Réagir à cet article :
Afficher/Masquer : Ajout de commentaires

Ajout de commentaire

Votre nom(*) :
Votre Email(*) :
Commentaire(*) :

Entrez le code de l'image ci-dessus :
 
 

(*) Tous les champs sont obligatoires.
Votre Email n'est pas publié dans le commentaire.

Lire notre politique de confidentialité

 

Flux rss i-famille

Actualités


Action Innocence lance en France netcity.org, un jeu interactif de prévention en ligne. Grâce à ce portail de jeux, destiné aux 9-12 ans, les enfants pourront acquérir, en s'amusant, les règles élémentaires pour se prémunir des risques d'Internet.

Voir toutes les actualités

 

En savoir plus

À lire :

• "Cultures lycéennes, la tyrannie de la majorité", Dominique Pasquier (Autrement)

Graph Session, l'agence Web : votre site Internet à besoin de visibilité ?

Thèmes les + consultés

actualités, adolescence, adolescent, adolescentes, adolescents, agressivité, association Ecole des Parents et des Educateurs, avance intellectuelle, école, éducation, éducation nutritionnelle, éducative, égalité entre les sexes, bébé, bonbons, Caisse nationale allocations familiales, Carte Enfant Famille, carte famille nombreuse, centre d’accueil, centre de formation professionnels, chats, chroniques, colères, comportement, conduites addictives, consommation de sucreries, cuisiner, culture, culture jeune, cybercriminalité, délinquance, dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, Ecole, Educateurs, Egalité hommes femmes, emploi, enfant, enfant doué, enfant dyslexique, enfant surdoué, enfants, enfants précoces, enfants surdoués, enseignant, famille, familles, femme, femmes, forums, haine, hommes, imaginaire, inégalités sociales, insatisfaites, Internet, jeux vidéo, jeux vidéos, jeux videos, juridique, la classe, la maîtresse, lecture, lire, livres, loisir, lycéens, mails, majoration de durée assurance (MDA), maman, maman solo, manger, maternelle, mères, médico-social, mutualité sociale agricole, naissance, nourriture, nutrition, ordinateur, parent, parentalité, parents, parité, père, pédiatre, pédopsychiatre, petite section de maternelle, psychanalyste, psychiatre, psychologie, psychologique, psychomotricité, recettes, repas, retraite, salaires hommes-femmes, scolaire, social, sociale, sociologue, symptômes, tout-petits, troubles du comportement, vie de famille, violence

Parler de cet article à un(e) ami(e)

Page précédente : Les ados prisonniers de leur culture ?
Page suivante : Vie de femme

Tags: mails,forums,chats,adolescence,sociologue,culture jeune,scolaire,jeux vidéos,adolescent,lycéens