Pas tout seul sur le Net !

Les enfants surfent sur Internet de plus en plus jeunes. Une activité que nous tolérons, à défaut de l’encourager, conscients que la maîtrise des nouvelles technologies est importante pour leur avenir. Non sans inquiétude cependant. Personne n’ignore les dangers auxquels ils s’exposent, des contenus choquants ou illicites à l’utilisation des données confidentiels par des cybercriminels. Entre liberté et censure, le choix opéré est le plus souvent l’installation d’un logiciel de contrôle parental. Est-ce suffisant ? Le risque zéro n’existe pas, et il est de notre responsabilité d’accompagner nos enfants dans l’utilisation d’un tel média. C’est ce que rappelle Vanessa Coupez, psychologue, responsable du service prévention d’Action Innocence France, que nous avons interrogée à l’occasion du lancement du jeu NetCity. En insistant sur le fait que cet accompagnement est aussi prétexte à passer de bons moments ensemble !

Pourquoi le jeu NetCity s’adresse-t-il essentiellement aux 9-12 ans ?

Dans les enquêtes que nous avons effectuées dans les écoles, nous avons constaté que la moitié des élèves de 6e, par exemple, ont créé un profil sur Facebook. En théorie, ils n’en ont pas le droit puisqu’il faut avoir 13 ou plus pour s’inscrire. Mais en pratique, ils ont contourné cette interdiction en mentant sur leur âge, la plupart du temps à l’insu de leurs parents. Quelques-uns, malgré tout, ont créé leur profil avec la complicité de leur papa ou de leur maman. Ce qui n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise solution dans la mesure où le parent prend la précaution de paramétrer le compte de l’enfant en mode privé.

À un âge aussi jeune, l’enfant ne réalise pas les dangers auxquels il peut être exposé.
En effet, les enfants de fin de primaire et la plupart des jeunes collégiens (6e et 5e) ne savent pas encore faire la différence entre public et privé. Quand ils créent leur blog, par exemple, ils s’imaginent s’adresser uniquement à leurs copains alors qu’en réalité, n’importe qui peut aller le consulter.

Un grand nombre d’entre eux ont un ordinateur branché sur Internet dans leur chambre et ils se débrouillent seuls pour apprendre, leurs parents se contentant d’installer un contrôle parental.

Pourquoi les parents sont-ils si peu présents ?

La plupart d’entre eux, même s’ils sont de plus en plus nombreux à mieux maîtriser un ordinateur et Internet, se sentent encore complexés face à leur enfant qui, dit-on souvent, « est né avec Internet, et une souris dans la main ! ». Ils ont peur de mal faire, ou de se montrer trop intrusifs également.

Il est vrai que les enfants apprennent vite, mais ils ne savent pas utiliser les différentes options. Surtout, ils manquent de la maturité nécessaire pour acquérir seuls de bons réflexes de protection.

Comment combler ce fossé ?

Je pense qu’il faut d’abord que les parents laissent leurs complexes de côté, qu’ils n’hésitent pas à s’intéresser à ce que fait leur enfant et à lui poser des questions. Les enfants sont fiers de montrer ce qu’ils savent faire !

Une bonne idée également : proposer à l’enfant de créer un blog ensemble. Non pas le sien, mais un blog familial par exemple, ou sur une passion commune. Outre la complicité et le plaisir de « faire ensemble », cela permet à l’adulte de faire tout un travail d’explication et de prévention : « On ne va pas mettre cette photo-là, tout le monde peut la voir », ou « On va paramétrer le blog de façon à ce qu’il soit accessible uniquement aux personnes de notre choix ».

Internet peut-il être un support d’échanges et de dialogue entre les enfants et leurs parents ?
Oui, et c’est aussi la raison pour laquelle je les encourage à jouer également avec leur enfant. Souvent, les parents jugent les petits jeux que l’on trouve sur Internet idiots. En réalité, quand on y regarde bien, beaucoup ne sont pas si bêtes que cela ! C’est le cas de Dofus, pour ne citer que celui-là, un jeu de rôle multijoueur qui connaît un beau succès.
Avec les plus âgés, on peut proposer des jeux en réseau, qui attire d’ailleurs de nombreux adultes. C’est une façon parmi d’autres de garder un lien privilégié avec son adolescent, et de favoriser le dialogue.

À l’adolescence, justement, il devient bien difficile de surveiller ce que fait son enfant sur le Net !
Il est possible de trouver un juste équilibre entre son besoin d’indépendance et un minimum de surveillance. Je pense que si l’on est inquiet, il ne faut pas hésiter à le dire clairement et à poser des règles : « Quand tu parles sur MSN, je ne m’en mêle pas, mais je t’interdis d’effacer l’historique parce ce que s’il y a un problème, je veux que l’on puisse regarder cela ensemble ». De même pour Facebook : il faut pouvoir s’assurer que son profil est bien privé et qu’il n’y met pas n’importe quoi. Fixer avec lui, par exemple, une règle selon laquelle on vérifiera une fois par mois qu’il ne charge pas de photos susceptibles de lui porter préjudice. Il ne s’agit pas de le prendre en traite, mais de lui faire comprendre qu’on est responsable de lui et que l’on est en droit de vérifier. S’il respecte les consignes de prudence qui lui sont données, tout ira bien.

Que faire si son enfant tombe sur une image pornographique ?

Bien peu osent le dire de peur d’être mal jugés et de se faire gronder. Pourtant, on sait qu’un enfant sur deux a vu des images pornographiques sans l’avoir cherché. La meilleure réaction est d’abord de le rassurer : « Ce n’est pas de ta faute, il faut venir m’en parler lorsque cela t’arrive. Ces images que tu as vues ne sont pas la réalité, ne représentent pas une sexualité normale. » Et, bien sûr, ne jamais négliger d’installer un bon contrôle parental pour bloquer ces images !

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