Kriss…

Kriss, femme de radio sur France Inter, est morte ce matin, emportée par un cancer.

Surnommée “la Voix“ pour son timbre à la fois chaud et acidulé, Kriss était un concentré de sensibilité, d’humour, de chaleur, étonnante par sa capacité d’émerveillement sans cesse renouvelée.

Sur le site de son émission Kriss crumble (le dimanche matin sur France Inter), alors que la maladie la tenait éloignée du micro depuis quelques mois, elle avait laissé ce message, preuve de la relation particulière qu’elle avait su tisser avec ses auditeurs : “Merci à vous, merci à la direction de ne pas me laisser tomber dans cette période un brin « hard »… Et aussi merci à la vie qui, par certains chocs, vous incite à porter un œil neuf sur ce qui l’enrichit. Je ne vous dirai pas que je n’ai jamais peur, ce serait mentir, mais vous dire que je ne puise rien de positif dans cette expérience serait mentir aussi.“

En décembre 2007, Télérama lui avait consacré un article, sans doute l’un des plus fidèles portraits que l’on a fait de cette insatiable découvreuse :
“Chaque dimanche, sur France Inter, pull fuchsia et œil mutin, Kriss cuisine son « crumble » et revendique avec bonheur « l’esprit d’aventure ». Pour cette femme des ondes qui a vécu six mois sur une île déserte, aux Maldives – « à l’époque où il n’y avait rien : juste un puits, une tente et mon compagnon » – qui a roulé sa bosse à Radio France et connu quelques années de placard, aventure rime avec déstabilisation : « je m’intéresse à ce qui est décalé », dit-elle.

Alors, parfois, Kriss part en reportage, magnéto en bandoulière, interviewer à domicile Gisèle Halimi, « cette femme qui a vraiment risqué sa peau pour aider les femmes ou lutter contre la torture ». D’autres fois, elle accueille les caprices du destin qui, tel un boomerang tourbillonnant, sonne à la porte du studio. Ainsi, elle a été amenée à créer une association pour aider Ousmane Dodo, un infirmier nomade nigérien « A la fin d’une émission, j’avais lancé un appel aux coups de pouce et aux dons, sans imaginer un instant qu’il y en aurait beaucoup et que nous devrions nous organiser pour rester dans la légalité ». Si elle tend son micro à des anonymes ou à des « héros » de la société civile, comme le proviseur d’un lycée de Bobigny, l’animatrice ne s’interdit pas non plus une virée sur des terres intergalactiques aussi inconnues qu’incongrues, avec une émission consacrée aux soucoupes volantes…

Un poil agacée par l’exiguïté du studio d’Inter où elle enregistre son émission (« on est tellement collés que mon invité peut lire mes notes, j’aime pas trop ça. Et puis on a une moins belle qualité sonore »), gênée aussi parfois pas sa voix de gamine, une voix à la Dorian Gray, qui ne vieillit pas, Kriss avoue ses forces et ses faiblesses. Dit son envie de se renouveler : « Je fuis les mondanités, je suis toujours la dernière à reconnaître le patron, mais je suis là. Je me secoue. Je n’attends pas qu’on en ait marre d’une émission pour proposer autre chose ». Ses invités se suivent et ne se ressemblent pas : d’Alain Chabat à Salah Guemriche, auteur d’un dictionnaire des mots d’origine arabe, d’Isabelle Carré à Bernard Marck, historien de l’aviation.

Au fil des ans, elle a appris à gérer les relations passionnées, quelquefois à l’excès, que les auditeurs entretiennent avec elle : « A la radio, on est dans une extrême proximité avec les gens. Sous leur douche. Dans leur voiture… Je réponds à tous les mails, même désagréables… »
Bien loin de l’île déserte. Emmanuelle Skyvington »

Les femmes restent moins payées que les hommes
Le corps, les émotions et l’imaginaire