L’éducation que l’on donne à l’enfant, le fonctionnement de la famille dans laquelle il vit, jouent un rôle important dans la façon dont il va se développer et la survenue d’éventuels problèmes de comportements. Il est évident que plus un dysfonctionnement survient tôt, plus il est susceptible d’avoir des conséquences par la suite.
Mais dire que l’enfant en sera marqué de façon définitive, c’est faux. Rien n’est jamais définitif… jusqu’à la mort. N’oublions pas les importants travaux qui ont été faits sur la notion de résilience. Ils ont démontré qu’un départ difficile dans la vie ne conduit pas inéluctablement l’enfant à devenir un affreux jojo.
Certes, lorsqu’un gamin de 12 ans pose des problèmes de comportement, on s’aperçoit souvent que c’était déjà le cas à 3 ans. La réciproque, cependant, n’est pas vraie, il est important de comprendre cela : ce n’est pas parce qu’un petit de 3 ans manifeste des troubles du comportement qu’il en sera de même lorsqu’il aura 12 ans. On peut toujours changer. Tout comme certains élèves qui végètent à l’école peuvent se révéler brillants par la suite. Selon moi d’ailleurs, la période de remaniement la plus importante est l’adolescence.
Roger Lecuyer, professeur en psychologie du développement de l’enfant, Paris V (“Comprendre bébé en 40 questions“ éd. Dunod)
Il se passe beaucoup de choses importantes les trois premières années, particulièrement sur le plan de la relation entre le bébé et ses parents. Celles-ci peuvent être difficiles pour un tas de raisons dont personne n’est responsable : naissance prématurée, maladie, dépression de la mère, par exemple. Mais rien n’est jamais fichu, et les parents peuvent bénéficier d’un accompagnement pour leur aider à rétablir le lien.
Il y a tant de facteurs qui jouent sur le développement de l’enfant qu’on ne peut jamais rien déterminer à l’avance : la culture familiale, la façon dont est constituée la famille, le mode éducatif et les expériences croisés des parents, le tempérament de chacun qui entre en résonance avec celui des autres…
On peut d’ailleurs se demander qu’est-ce qu’une éducation idéale ? Selon moi, il n’y en a pas. L’éducation donnée par les parents est le résultat de l’histoire et du vécu de chacun, ajouté aux expériences de comparaison que l’on a pu faire chez les autres. Nous avons chacun nos failles, nous commettons des erreurs. L’enfant nous renvoie tôt à celles-ci, c’est ce qui nous permet d’élaborer progressivement notre propre chemin de parent.
Le problème aujourd’hui, c’est que l’on supporte mal le tout-petit qui se met en colère, s’agite, fatigue et dérange. On voudrait qu’il soit tout de suite sage, obéissant, “parfait“. Pourtant, il est certain qu’un petit bouscule la vie, les certitudes, le rythme quotidien. Il ne faut pas en avoir peur, ni avoir peur d’être des parents imparfaits.
Anne Gatecel, psychologue et psychanalyste (“L’Imaginaire“ éd. Bayard)