Les enfants précoces font-ils encore l'objet de malentendus ? (suite)
Une sensibilité exacerbée
A cette forme d’intelligence différente s’ajoute un comportement affectif particulier, marqué par l’angoisse. "Les enfants précoces que je rencontre sont anxieux, poursuit Olivier Revol. L’intelligence est anxiogène parce qu’elle fait l’effet d’une loupe. Les précoces ressentent tout intensément, perçoivent ce qui se passe autour d’eux avant les autres. Cela les met en difficulté car, si leur intelligence leur donne cette perception fine et intuitive des êtres et des choses, ils n’ont pas la maturité affective nécessaire pour y faire face. Ils se posent nombre de questions existentielles qui les angoissent d’autant qu’ils ne savent pas avec qui en parler. Cela s’accompagne d’empathie : ils ressentent les émotions d’autrui, avec toujours cette même intensité. Pour se défendre contre une marée d’émotions, de questions, d’angoisses, quelques uns risquent de développer des phobies, voire des TOC."
Du côté des parents, on note fréquemment des difficultés de sommeil, des colères inexplicables, un perfectionnisme pesant, une intolérance à l’échec, un comportement d’écorché vif, un manque d’autonomie affective, et un caractère facilement opposant : "Antoine argumente sans fin pour avoir le dernier mot, hurle de rage si ce qu’il fait n’est pas parfait, se désespère pour des petits riens… Il est sans cesse dans l’excès, le “trop””, soupire sa maman.
Pas toujours facile au quotidien ! “Les enfants anxieux ont besoin d’être écoutés, compris, qu’on les aide à verbaliser ce qu’ils ressentent, parfois avec l’aide d’un psychologue”, conseille Olivier Revol. Plus que les autres, également, ils ont besoin d’un cadre à la fois ferme et rassurant, contenant deux axes essentiels : tenir bon sur les limites et les règles imposées ; encourager, valoriser les efforts accomplis car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils manquent souvent de confiance en eux.
De l’intérêt des tests de QI
Sans être un passage obligé, les tests de QI permettent de lever les doutes sur la précocité d’un enfant et, surtout, de mieux comprendre ses éventuelles difficultés. En gros, ils évaluent la maîtrise du langage, le raisonnement, la logique, la perception et la représentation de l’espace, et permettent de situer l’enfant par rapport à sa classe d’âge et un QI moyen établi globalement à 100, le seuil de la précocité étant établi à 125-130.
Les épreuves prennent leur sens quand elles sont décodées par l’observation du comportement de l’enfant. Leur interprétation étant ainsi la clé d’une meilleure compréhension de celui-ci, il est préférable de s’adresser à un psychologue diplômé spécialiste du surdouement, en faisant marcher le bouche à oreille sur les forums de parents d’enfants précoces, ou en s’adressant aux associations.
"Il faut savoir également que le psychologue a obligation de donner les résultats aux parents, cela fait partie du code de déontologie. L’enfant n’a pas besoin d’un chiffre, mais d’explications lui aussi. Elles vont le rassurer, le valoriser car, lorsqu’il arrive dans le cabinet du psychologue, c’est qu’il ne va généralement pas bien", remarque la psychologue Dana Castro (auteur de "Ca va pas fort à la maison" éd. Albin Michel).
Néanmoins, les tests de QI n’expliquent pas tout. "Attention, met en garde la spécialiste, l’enfant ne se résume pas à un chiffre ! Il est nécessaire que les parents comprennent que les tests de QI leur permettront essentiellement de mieux comprendre les points forts et les points faibles de leur enfant, où se situent ses éventuelles difficultés." Les résultats obtenus aux différents subtests, en effet, ne sont pas toujours homogènes. Il est même plus fréquent qu’ils ne le soient pas. Selon les spécialistes, plus l’écart entre les résultats est grand, plus cela peut induire des difficultés pour l’enfant : problèmes de repérage dans l’espace, inhibition, par exemple.
Le premier, Jean-Charles Terrassier a introduit la notion de dyssynchronie comme caractéristique de la précocité intellectuelle, source éventuelle de mal-être. Cette dyssynchronie comporte deux aspects essentiels : le décalage entre l’intelligence et l’affectivité (un enfant, par exemple, peut avoir plusieurs années d’avance sur le plan du raisonnement intellectuel et une affectivité de son âge, voire en dessous) ; le décalage entre l’intelligence et la psychomotricité. A cela, on peut ajouter d’éventuels autres "dys", relativement fréquents : dyslexie, dysorthographie, dysgraphie...
C’est pourquoi, bien souvent le parcours ne s’arrête par là : outre la mise en place d’un éventuel suivi psychologique, l’enfant peut être dirigé vers un psychomotricien, un graphothérapeute, un orthophoniste, un neuropédiatre… Avec, pour les parents, le sentiment de médicaliser la précocité de leur enfant. "Mais comment faire autrement, s’interroge la maman d’Antoine, quand les difficultés de l’enfant nous dépassent ? Je pense que nous, parents, avons aussi besoin de cette aide extérieure. Elle est rassurante."
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Actualités
En septembre 2005, le rapport d’expertise de l’Inserm sur les “troubles de la conduite chez l’enfant et chez l’adolescent” préconisait le repérage des premiers symptômes chez les tout-petits (agressivité, colères répétées, faible contrôle émotionnel, indocilité) au titre de prévention d’une future délinquance. Leur persistance au-delà de 4 ans est en effet considérée comme un facteur de risque.
En savoir plus
À lire :
• "L’enfant doué", Arielle Adda et Hélène Catroux (Odile Jacob)
• "L’enfant surdoué", Jeanne Siaud-Facchin (Odile Jacob)
• "Les enfants surdoués", Jean-Charles Terrassier (ESF)
Les associations :
• ANPEIP tel : 04 93 88 40 16 www.anpeip.org
• AFEP tel : 01 34 80 03 90 www.afep.assoc.fr
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