Mon fils, il veut être un homme fort
- Et cette fois-ci, me rapporte pas un truc de fille ! Je veux un déguisement d'homme fort.
- Et c'est quoi, un homme fort, mon chéri, grince-je, un tantinet froissée par sa remarque, qui vise le charmant costume de petit clown (que nous avions choisi ensemble !) pour le dernier Mardi gras.
- Ben c'est des Tortues Ninja ou des trucs comme ça ! Des hommes avec plein d'armes, quoi.
Evidemment. Veuillez pardonner mon ignorance, cher ami.
Il était très mignon, ce déguisement de clown, je vous assure. Très mignon. Si, si. Bon, passons.
Cette année encore, me voilà partie en quête du costume de Mardi gras, carte bancaire au poing pour cause de montée de flemme à la perspective de la vaste opération couture, peinture à l'eau et bouts de ficelle que nécessiterait la fabrication maison de l'accoutrement désiré.
Résolument positive, j'ai choisi d'interpréter son refus de m'accompagner comme une marque de confiance, en dépit du ratage de l'an dernier.
Apparemment, j'ai fait de gros progrès : le costume de Zorro (le meilleur compromis que j'aie pu dénicher entre ses désirs et mes dégoûts - Tortues et autres gluants) fait son petit effet.
Mon fils, qui se fait des mines devant le miroir grand format de l'entrée, semble se trouver parfaitement irrésistible. Tout fier, il fait claquer son fouet d'une main en menaçant son reflet du pistolet qu'il tient dans l'autre, l'épée battant avec élégance son flanc dodu. Il caracole (sur place, miroir oblige !), le masque mystérieux, la cape gonflée par le galop de son noir coursier. Pas de doute : en cet instant, mon fils est un homme fort.
Il faut que je précise que, quand il n'est pas déguisé, c'est-à-dire tout de même la plupart du temps, mon fils serait plutôt un garçon pacifique. Trop pacifique, à son goût.
Il lui a fallu deux années d'école maternelle et tous mes efforts de persuasion pour se résigner au triste fait que sa force à lui réside davantage, pour le moment, dans les biscotos de ses petites cellules grises que dans ceux de ses pectoraux.
La première fois qu'il est rentré de l'école terrorisé par des bandits de 3 ans et demi, j'avais eu tout à coup très mal au ventre [...]
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